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Le royaume de Salomon Archéologie Bible Histoires 

Le royaume de Salomon

(ngm.typepad.com)

Le royaume

de Salomon

(beforeitsnews.com)

Le premier livre des Rois dresse un tableau tout aussi prestigieux de la monarchie hébraïque sous le successeur de David. Le grand monarque qui avait fait de la nation israélite un Etat riche et puissant, désigna comme successeur son fils Salomon qu’il avait eu de sa seconde épouse, Bethsabée.

A peine le jeune Salomon était-il monté sur le trône que Dieu lui apparut en songe et lui proposa une faveur au choix. Salomon demanda l’inspiration nécessaire pour gouverner son pays avec équité. Dieu apprécia cette demande, et non seulement y accéda mais lui promit en outre un règne fastueux et brillant.La prophétie se réalisa. Salomon bénéficia d’une gloire et d’une sagesse encore supérieures à celles de son père. Ses qualités de juge équitable et son esprit de discernement sont illustrés par une scène fameuse, dans laquelle il départage deux femmes qui revendiquent le même nouveau-né. En feignant de donner l’ordre de faire couper le bébé en deux, il reconnaît la véritable mère dans celle qui s’oppose à l’infanticide.

Le grand roi d’Israël reçut la visite d’une reine venue d’un énigmatique « pays de Saba », qui avait entendu parler de sa sagesse extraordinaire et qui souhaitait la vérifier. La souveraine l’éprouva en lui proposant des énigmes intellectuelles qu’il résolut brillamment. Impressionnée par ses réponses, elle lui offrit de riches présents que Salomon honora en montrant autant de générosité.

Le fils de David posséda également d’abondantes richesses, qu’il utilisa en mettant en œuvre un programme de constructions ambitieux. Il fit bâtir un temple magnifique dédié au dieu Yahweh et destiné à abriter l’Arche de l’Alliance. Contrairement à son père qui avait passé beaucoup de temps sur les champs de bataille, Salomon bénéficia d’une longue période de paix, qu’il mit à profit pour consolider les positions acquises. il fortifia les villes de son royaume qu’il entoura de remparts et équipa de garnisons militaries (1R. 1-11).

Doté également d’un rayonnement spirituel digne de celui de son prédécesseur, Salomon est encore l’auteur supposé de plusieurs textes poétiques et sapientiaux, tels les livres bibliques des Proverbes, de la Sagesse et le Cantique des Cantiques.

Les principaux sites d’Israël
au temps de David et de Salomon.

(image réalisée à partir de :

aquarius.geomar.de/omc)

Cette image idéalisée d’une monarchie hébraïque brillante et forte est aujourd’hui passée au crible des sciences historiques et archéologiques. Contient-elle une part de légende ? A-t-elle été confirmée par des traces matérielles ou des sources documentaires extérieures ?

On trouve en Israël des vestiges d’aménagements architecturaux imposants qui sont susceptibles de dater du règne de Salomon. Là aussi, un débat passionné est en cours pour déterminer s’ils ont bien été édifiés au temps du fils de David.

L’âge des villes fortifiées

 

Les dates conventionnelles du début et de la fin du règne de Salomon sont de 970 et 930 av. J.-C. environ. Pour établir cette chronologie, les biblistes se servent d’un évènement-clef comme point de repère historique. Cinq ans après la mort de Salomon, vers 925 av. J.-C, le territoire d’Israël fut envahi par le roi d’Egypte Sheshonq Ier (appelé Shishak dans la Bible), et sa capitale Jérusalem fut pillée (1 R. 14, 25-27 ; 2 Chr. 12, 1-12). Des faits similaires sont rapportés sur un bas-relief égyptien du temple de Karnak, qui dresse la liste des cités cananéennes détruites lors de cette campagne. Il ne fait pas de doute que la Bible et les inscriptions de Karnak parlent du même évènement. A partir de cette correspondance, toute la suite de la chronologie biblique depuis David et Salomon a pu être établie pratiquement à l’année près [1].


Le pharaon Sheshonq Ier représenté sur un mur du temple de Karnak
(jewishhistory.com ; copyright Jurgen Liepe)

Le premier livre des Rois précise que le royaume de Salomon couvrait une grande étendue, « depuis Dan jusqu’à Bersabée » (1 R. 5, 4-5). Dan est implantée au nord du lac de Tibériade, et Bersabée à l’ouest de l’extrémité sud de la mer Morte. Plusieurs cités furent aménagées sous son règne et dotées de systèmes de défense conséquents. Le premier livre des Rois dit que Salomon fit équiper plusieurs forteresses pour ses chars de guerre (1R. 9, 15-17) :

« Voici l’affaire de la corvée que leva le roi Salomon pour bâtir la maison de Yahweh et sa propre maison, le Mello et le mur de Jérusalem, Hazor, Megiddo et Gézer.(…) Salomon bâtit Gézer, Béthoron Inférieure, Baalath et Thamar, dans le désert, toutes les villes où Salomon avait des magasins, les villes pour les chars, les villes pour les chevaux, et tout ce qu’il plut à Salomon de bâtir à Jérusalem, au Liban et dans tout le pays de sa domination. »

Les vestiges archéologiques susceptibles de remonter à cette époque ne manquent pas. L’un des exemples les plus significatifs en est la cité de Megiddo, l’un des sites antiques les plus importants d’Israël. Implantées au sud-ouest du lac de Tibériade, ses ruines furent fouillées dans les années 1920 par des archéologues de l’Institut Oriental de l’Université de Chicago, puis ensuite par Ygael Yadin dans les années 1960, et enfin par Israël Finkelstein à partir de 1994.

Vue aérienne de Megiddo
(cclf.ca)

Megiddo occupait un lieu stratégique, à la croisée de plusieurs routes reliant l’Assyrie, la Phénicie, l’Egypte et l’Arabie. Construite sur une imposante colline, elle a livré au total plus de vingt couches d’occupation successives qui s’échelonnent de 7000 à 500 av. J.-C.. Solidement fortifiée par une muraille épaisse de 7,50 mètres, la cité contient entre autres un immense silo à blé et une source souterraine aménagée.

Les archéologues de l’Université de Chicago dégagèrent deux vastes bâtiments contenant des alignements répétitifs de piliers, dont certains étaient séparés par de grandes pierres taillées en creux et percées de trous. Ils supposèrent que ces pierres étaient des mangeoires et ces constructions des écuries, et firent le rapprochement avec les chevaux et les chars de Salomon cités dans le premier livre des Rois. Si tel était le cas, le site devait avoir une capacité de 450 chevaux.

            L’équipe américaine exhuma également dans les bases du mur d’enceinte de Megiddo les restes d’une massive porte de défense. L’entrée était flanquée de part et d’autre de trois petites pièces formant une sorte de double peigne. Sans trop comprendre la raison d’être de ce schéma, on appela l’ensemble « porte en triple tenaille ».

Porte en « triple tenaille » à Megiddo.
(users.muohio.edu)

Porte en « triple tenaille » à Gezer.
(upload.wikimedia.org)

            Vingt ans plus tard, l’Israélien Yigael Yadin fouillait les ruines de Hazor, une autre ville forte bâtie au nord du lac de Tibériade, lorsqu’il y retrouva une porte de défense construite exactement sur le même plan qu’à Megiddo. Frappé par la ressemblance, il se demanda si ce type de porte n’existerait pas également ailleurs. Il se plongea alors dans les archives des fouilles faites sur le site de Gézer, la troisième ville citée dans le même verset biblique (1R. 9, 15). Gézer est située à trente kilomètres à l’ouest de Jérusalem. Yadin fut stupéfait en lisant le rapport de l’archéologue irlandais Robert Macalister, qui avait décrit vers 1905 une structure identique à l’un des côtés d’une entrée en triple tenaille comme à Megiddo et à Hazor.

 

Portes « salomoniques » à Gézer, Megiddo et Hazor.
(chronosynchro.net)

Yadin conclut de ses observations que les fortifications aménagées dans ces trois villes avaient été bâties sur un plan-type, appliqué par les mêmes constructeurs et incluant ce type de porte. L’existence de ces ouvrages monumentaux, bâtis en gros blocs, impliquait une organisation puissante capable de les produire. Le meilleur candidat susceptible d’avoir fait réaliser de tels aménagements ne pouvait être que le prestigieux roi Salomon, dont la Bible évoque les travaux de fortification qu’il entreprit précisément dans ces villes. Yadin data la construction de ces portes du Xème siècle, et dès lors ce style de remparts avec portes en triple tenaille fut considéré comme typique de l’oeuvre de ce roi.

 Porte du rempart de Megiddo
(bible-archaeology.info).

Cependant des études plus récentes ont remis en cause ce raisonnement. Israël Finkelstein contesta la concordance chronologique, en effectuant une nouvelle datation des ruines de Megiddo et en leur trouvant un âge plus tardif d’au moins cent ans que les règnes de ces souverains. En effet, sous le niveau stratigraphique des portes et des écuries de Megiddo ont été trouvés deux somptueux palais, qui ressemblent fort à un autre palais découvert à Samarie et qui date du IXème siècle. Finkelstein observa également un décalage de dates dans les poteries des niveaux de fouilles concernés. Il retarda donc de cent ans au moins la construction des fortifications dites « salomoniques », et les attribua au roi d’Israël Omri (885-874) ou à son fils Achab (874-852) [2].

Omri et Achab ont régné sur la moitié nord du royaume après la partition d’Israël en deux Etats à la mort de Salomon. Par extension, Finkelstein déduisit que toutes les constructions du même type trouvées dans les autres villes seraient d’époque « omride », et donc qu’aucun de ces vestiges ne remontait à David ou à Salomon. Selon lui, l’émergence d’un véritable Etat hébreu est à retarder de plusieurs dizaines d’années, et ne devait pas encore exister au Xème siècle. Il en conclut que les textes bibliques qui décrivent le prestige de la royauté naissante rapportent des récits exagérés, voire légendaires. Plus vraisemblablement, ces premiers rois n’auraient été que de petits chefs de tribus purement locaux.

Finkelstein et les archéologues de l’école « minimaliste » défendent l’idée selon laquelle une grande partie des récits de l’Ancien Testament ont été imaginés par des écrivains tardifs dans un but purement politique. Ils auraient agi pour le compte d’un monarque hébreu du VIIème siècle av. J.-C. appelé Josias, qui aurait cherché à réunir artificiellement des tribus hétéroclites en leur inventant un passé commun. Josias a effectivement régné sur Jérusalem entre 640 et 609 av. J.-C.. Cette conception nouvelle dérange évidemment les traditions religieuses qui considéraient jusqu’à présent les récits de l’Ancien Testament comme des évènements historiques réels.

Plan de la ville antique de Megiddo.

            En fait, plusieurs sites archéologiques tels que Megiddo, Hazor, Gézer, Arad et Tel Rehov ont été étudiés également par d’autres archéologues qui en tirent des conclusions bien différentes. Ainsi, Amihaï Mazar explique que l’on trouve le même style de céramiques dans les couches archéologiques couvrant une assez longue période, englobant les Xème et IXème siècles, donc aussi l’époque des premiers grands rois. Par conséquent, ces vestiges ne sont pas incompatibles avec le Xème siècle. A Hazor, le responsable des fouilles Amnon Ben-Tor maintient que la porte de défense à six chambres date bien du Xème siècle [3]. A Tel Rehov, les strates archéologiques ont depuis peu été datées par la méthode du carbone 14, et les résultats publiés en 2003 dans la prestigieuse revue Science annoncent clairement le Xème siècle [4][5][6][7].

Porte en « triple tenaille » à Hazor.
(users.muohio.edu)

Ecuries à Megiddo.
(upload.wikimedia.org)

Par ailleurs, l’étendue de l’ancien royaume d’Israël pourrait avoir laissé sur le terrain d’autres formes de constructions spécifiques. Ainsi, on voit apparaître à partir du XIème ou du Xème siècle av. J.-C. des « bâtiments tripartites à piliers », grandes structures rectangulaires divisées longitudinalement par deux rangées de piliers. Les fouilles ont montré que ces édifices étaient des entrepôts publics où des marchandises étaient échangées ou conservées. Leur répartition géographique dans le pays forme un vaste périmètre, dont l’Américain Jeffrey Blakely a montré récemment qu’il correspondait précisément aux frontières du grand royaume d’Israël, telles qu’elles sont définies dans le premier livre des Rois (4, 7-19) [8]. Ces entrepôts ont pu servir à collecter des taxes près des frontières. De Tel Masos au Sud à Tel Hadar au Nord, leur implantation se superpose aux limites du premier royaume d’Israël biblique du Neguev au lac de Galilée.

            Tous ces éléments tendent à rétablir la crédibilité historique d’une monarchie unifiée étendue sous David et Salomon.

Bâtiment tripartite à piliers à Hazor.
(fr.wikipedia.org)

 

Le témoignage des inscriptions

Au plus fort de la controverse archéologique sur la naissance de la monarchie unifiée en Israël, une discipline proche de l’archéologie est venue apporter sa pierre à la discussion : l’épigraphie, qui est l’étude des anciennes inscriptions sur supports durables. Il est intéressant de voir comment des traces de l’usage d’une ancienne écriture hébraïque alimentent le débat sur la naissance du royaume d’Israël.

            L’un des arguments avancés par les archéologues minimalistes est de considérer l’Israël du temps de David comme un Etat de superficie réduite et peu structuré, où l’instruction était peu répandue et où l’illettrisme dominait.

            Quelques artéfacts archéologiques montrent pourtant que l’usage de l’écriture hébraïque était déjà pratiqué en Canaan au Xème siècle. Le premier élément connu est le « calendrier de Gézer », une petite pierre plate découverte à Gézer en 1908 par Macalister, et sur laquelle apparaissent huit lignes d’un texte écrit en hébreu archaïque. Sa traduction donne une liste des travaux agricoles à effectuer pour chaque mois de l’année. L’objet est daté du Xème ou du IXème siècle [9][10].

Le calendrier de Gezer.
(historicconnections.webs.com)

            « Deux mois de récolte
Deux mois de plantation
Deux mois de plantation tardive
Un mois de cueillette du lin
Un mois de récolte de l’orge
Un mois de moisson et de fête
Deux mois de taille de la vigne
Un mois de fruits d’été. Abiyahu. »

D’autres objets sont venus compléter cet artéfact. Cent ans plus tard, en juillet 2005, le professeur Ron Tappy, du Séminaire Théologique de Pittsburgh, fouillait de site de Tel Zayit, dans le sud d’Israël, lorsqu’ en nettoyant le chantier à l’issue d’une saison de fouilles, un membre de son équipe remarqua une inscription intégrée à un mur. Il s’agissait d’un abécédaire, c’est-à-dire d’une suite ordonnée de toutes les lettres alphabétiques. Les caractères avaient une forme encore plus archaïque que celles du calendrier de Gézer. Le site de Tel Zayit remonte incontestablement au Xème siècle av. J.-C. et semble avoir été frontalier du territoire philistin.

Lieu où a été trouvé l’abécédaire de Tel Zayit
(
havenministries.com).

 

 

 

 

 

 

L’abécédaire de Tel Zayit
(nytimes.com)

En été 2008, une autre inscription sémitique ancienne peinte sur un tesson de poterie fut trouvée à Khirbet Qeiyafa, une ancienne forteresse implantée à vingt kilomètres à l’ouest de Jérusalem, en bordure de la vallée d’Elah où David aurait affronté le géant Goliath. La cité, fouillée par professeur Yossef Garfinkel de l’Université hébraïque de Jérusalem, possède la base d’un rempart de 700 mètres de circonférence et dont certaines pierres pèsent plus de quatre tonnes. Le site a été daté au carbone 14 grâce à des noyaux d’olives et remonte au début du Xème siècle.

            Le fragment de poterie découvert porte cinq lignes de texte inscrites à l’encre partiellement effacées, dont le professeur Gerson Galil, de l’Université de Haïfa, a proposé une traduction. Il s’agirait d’une instruction sociale relative aux esclaves, aux veuves et aux orphelins. L’appartenance à la culture hébraïque proprement dite est soutenue par des mots spécifiques de l’hébreu comme « faire », « travailler » et « veuve ». La traduction proposée est pétrie de culture juive et l’on croirait avoir affaire à un verset biblique :

            « Vous ne devriez pas faire cela, mais adorer l’ Eternel.
Jugez l’esclave et la veuve.
Jugez l’orphelin et l’étranger. Plaidez pour l’enfant.
Plaidez pour le pauvre et la veuve.
Réhabilitez le pauvre aux yeux du roi.
Protégez le pauvre et l’esclave. Soutenez l’étranger. »

L’ostracon de Khirbet Qeiyafa.
(historicconnections.webs.com)

    Cette traduction est discutée car elle se fonde sur une reconstitution hypothétique des lettres manquantes. Si elle était confirmée, Khirbet Qeyiafa serait considéré comme un site hébreu, impliquant que ce peuple était installé dans une cité où était pratiquée l’écriture et dotée de moyens de défense importants [13].

            Les révélations ayant trait à ce sujet ont continué à se succéder à un rythme croissant. Quelques semaines après la découverte de l’ostracon de Khirbet Qeiyafa, on découvrit sur le même site une porte de défense percée dans le rempart, indépendamment d’une première porte déjà dégagée [14][15]. Khirbet Qeiyafa est le seul site fortifié de l’âge du fer muni de deux entrées. Cette particularité trouve un écho dans le récit biblique du combat de David contre Goliath, où il est question d’une ville appelée Saraïm, nom qui signifie précisément « deux portes » (1 Sm. 17, 52). Ce rapprochement a conduit Garfinkel à identifier Khirbet Qeiyafa à la ville biblique de Saraïm.

            L’existence de cités puissamment défendues au Xème siècle av. J.-C., marquées par un contexte hébreu et séparées par des distances conséquentes, renforcent la possibilité qu’une organisation étatique puissante et étendue se soit mise en place dès le début de la royauté israélite. La présence de ce type de cités est significatif d’un Etat hébreu politiquement fort.

Le site de Khirbet Qeiyafa
(
unisciences.com
).

Les Forteresses du Néguev

            Dans la grande région aride du Néguev qui s’étend entre la judée et le Sinaï égyptien, se trouve une série de restes d’anciennes fortifications bâties en plein désert. Il s’agit de plusieurs petits forts militaires isolés, dispersés entre la mer Méditerranée et l’extrémité du golfe d’Aqaba. La plupart de ces ouvrages ont été bâtis au Ier millénaire avant notre ère selon des plans de formes ovale, rectangulaire ou carrée. Ce réseau de places fortes a été fouillé notamment entre 1976 et 1982 par Rudolph Cohen, du Département des Antiquités d’Israël [16].

            Parmi ces constructions figure le tumulus de la vallée de Tell el-Qudeirat, identifiée au Kadesh-Barné de l’Exode et déjà évoquée plus haut. Les céramiques les plus anciennes qui y furent trouvées sont typiques du Xème siècle. Le niveau stratigraphique correspondant est recouvert d’une épaisse couche de cendres, preuve qu’il fut détruit par le feu. Les autres fortins construits par-dessus datent essentiellement du VIIIème et du VIIème siècle, c’est-à-dire de la monarchie judéenne des successeurs de Salomon.

            Rudolph Cohen émit l’hypothèse que les forts les plus anciens étaient l’œuvre du roi Salomon et qu’ils défendaient la frontière avec l’Egypte. Leur destruction par un incendie serait le fait de l’expédition du pharaon Chechonq Ier en 925. Les dates obtenues par l’examen des céramiques sont en accord avec cette hypothèse et ne semblent pas avoir été remises en cause.

            Si cette identification est juste, le système de défense du Néguev représente la limite méridionale d’un vaste Etat qui s’étendait au Xème siècle plus encore vers le sud que Bersabée. On est loin de l’idée réductrice d’un royaume hébreu limité à un domaine étroit centré sur la seule ville de Jérusalem.

Les mines du roi Salomon

Le programme de constructions du roi Salomon comprenait la construction du Temple de Jérusalem dont l’intérieur était « recouvert d’or » (1 R. 6, 20-22). Le grand monarque construisit également une flotte sur la mer Rouge à Ezéon-Géber, à la pointe du golfe d’Aqaba (1 R. 9, 26).

            En 1937 de notre ère, l’Américain Nelson Glueck fit des fouilles à Tel el-Kheleifeh, tout près d’Aqaba dans la dépression de l’Araba [17]. Le site révéla qu’il constituait dans l’Antiquité une important complexe minier d’où l’on extrayait du cuivre. Nelson Glueck l’attribua au règne de Salomon et l’identifia à l’Ezéon-Géber de la Bible. C’est de là que serait venu le métal – non pas de l’or mais du cuivre – utilisé pour la construction du Temple de Jérusalem.

            Une situation analogue se présenta pour un autre site minier riche en cuivre, Kihrbet en-Nahas, implanté plus au nord dans la même vallée de l’Araba et également fouillé par Nelson Glueck. Dans les années 1980 cependant, des recherches faites par une équipe britannique conclurent que l’exploitation des mines de Kihrbet en-Nahas n’était pas antérieure au VIIème siècle av. J.-C., et qu’un éventuel lien avec Salomon était donc anachronique [18].

Mine de cuivre de Khirbet en-Nahas
(
wadiarabahproject.man.ac.uk
).



Mines de cuivre et enceinte
d’une forteresse
à Khirbet en-Nahas
(
wadiarabahproject.man.ac.uk
).

Mais la controverse rebondit, car lorsqu’en 2005 les chercheurs Thomas Levy et Mohammad Najjar effectuèrent une datation au carbone 14 des mines de Kihrbet en-Nahas, le résultat qu’ils obtinrent indiquait à nouveau le Xème siècle pour l’exploitation de ces mines. Elles étaient donc bien contemporaines du début de la monarchie hébraïque [19][20][21].

A ce stade, le peuple qui exploitait ces ressources n’était cependant pas clairement identifié. A côté du royaume d’Israël, le royaume d’Edom était un autre candidat possible car Khirbet en-Nahas se trouvait sur son territoire. Cependant l’existence du royaume d’Edom à l’âge du fer est également contestée par les archéologues « minimalistes ». Quoi qu’il en soit, il apparaît qu’une société structurée au Xème siècle av. J.-C. a été capable de produire dans cette région du métal à une échelle quasi-industrielle.

Références :

[1] – A. Mazar : « Qui a construit ces murs ? » La Recherche n° 391, novembre 2005.
[2] – I. Finkelstein et N. Silberman : « La Bible dévoilée, les nouvelles révélations de l’archéologie ». Bayard, 2002.
[3] – D.C. Pride : « The 1971 Excavation of King Solomon’s gate at Tel Gezer was the first arcaheological proof of a biblical passage as history … It proved the existence of the real King Solomon » (kingsolomonsgate.com).
[4] – H.J. Bruins et J. Van der Plicht : « Le recours au carbone 14 ». La Recherche n° 391, novembre 2005.
[5] – H.J.Bruins, J. Van der Plicht, A. Mazar  : « C14 dates from Tel Rehov : iron-age chronology, pharaohs, and hebrew kings ». Science vol. 300, 11 apr. 2003.
[6] – C. Holden : « Dates boost conventional wisdom about Solomon’s splendor ». Science, vol. 300, 11 avril 2003.
[7] – A. Soued : « Une cité de l’époque du roi David découverte à Beth Shean ». Tsedek Info d’Israël n° 40, juillet-août 2003 (sefarad.org).
[8] – J.A. Blakely : « Reconciling Two Maps : Archaeological Evidence for the Kingdoms of David and Solomon« . Bulletin of the American Schools of Oriental Research N° 327, Aug. 2002, pp. 49-54.
[9] – S. Ortiz, S. Wolff : « The Tel Gezer Excavation and Publication Project »  (gezerproject.org).
[10] – L. Goguillon : « Le calendrier juif » (louisg.net).
[11] – D. Mathieussent : « Une inscription datant du roi David ». Libération, 3 nov. 2008 (liberation.fr).
[12] – « Qeiyafa ostracon chronicle ». 8 july 2008 (qeiyafa.huji.ac.il).
[13] – S. Blum : « Découverte de l’insciption hébraïque la plus ancienne! Probablement de l’époque du roi David » (blogdei.com).
[14] – M. Kalman : « New Evidence Surfaces of David’s Kingdom ». The San Francisco Chronicle, 17 nov. 2008 (elahfortress.com).
[15] – Y. Garfinkel, S. Ganor : « Khirbet Qeiyafa : Sha’arayim ». The  Journal of Hebrew Scriptures, vol. 8, art. 22, 2008 (elahfortress.com).
[16] – R. Cohen : « Qadesh-Barnéa ». Le Monde de la Bible n° 39, mai-juin-juillet 1985.
[17] – W. Keller : « La Bible arrachée aux sables ». Famot, Genève 1975.
[18] – « Archéologie : possible découverte des mines de Salomon en Jordanie », 30 oct. 2008 (un-echo-israel.net).
[19] – T.E. Levy, R.B. Adams, M. Najjar, A. Hauptmann, J.D. Anderson, B. Brandl, M.A. Robinson, T. Higham : « Reassessing the chronology of  Biblical Edom : new excavations and C14 dates from Khirbat en-Nahas (Jordan) ». Antiquity 302 : 865-79, 2004 (anthro.ucsd.edu).
[20] – E. Van der Steen, P. Bienkowski : « How old is the Kingdom of Edom ? » (wadiarabahproject.man.ac.uk).
[21] – F. Jenkins : « Where are the copper mines ? », aug. 27, 2008 (ferrelljenkins.wordpress.com).

Article de  Bible.archeologie

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